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Zéro degrés le jours, et moins quinze degrés la nuit. J’emmène en cette période mon sac de 20 kilos, et 5 jours d’autonomie en nourriture. Départ de Megève pour rejoindre la vallée de Chamonix à pied en passant par les montagnes.

Pourquoi ce tel périple? Pourquoi se retrouver dans quatre-vingt centimètres de neige  à plusieures heures de toute population? Je ne recherche pas la solitude, mais la rareté des endroits que je découvre à une certaine heure, sous une certaine lumière. Ce sont des choses qu’on ne peut découvrir qu’avec l’audace d’aller là où peu de gens n’osent s’arrêter le temps d’une nuit.

Cette escapade de cinq jours commence par une montée vers le Mont Joly en passant par les forêts, là où neige n’est pas damée. Une ascension de six heures où la sortie de la forêt devient introuvable et inconnue. Sortir des chemins battus devient inévitable dans ces conditions car le chemin devient introuvable. Je fini par devoir ramper pour sortir d’une forêt se refermant comme un piège sur moi. Mais ces moments me permettent de capter alors des endroits intouchés par l’homme.

 

Au sommet du Prarion, la neige recouvrait la descente sur l’autre versant obligeant à faire demi tour. C’est au moment où je décide de passer par un hors piste que l’épopée prend tout son sens. En marchant sur cette arête où aucune trace ne se présente, où seul les oiseaux se laissent porter par le vent, je marche tel un cosmonaute découvrant un nouveau territoire où la mort semble me tendre les bras. Aucune idée de ce qui m’attend à plus de cent mètres là où les cartes indiquent des pentes infranchissables à quelques minutes du chemin que je me fraie. La descente est longue. Devant moi se dévoile Saint-Gervais qui le lendemain à mon réveil sera sous les nuages, je serais alors au dessus.

 

La lumière se tamise vite. Trop vite. Voici le moment de sortir mon argentique. Je capte alors ces quelques instants choisis avec précaution. Je n’emmène qu’une pellicule me restreignant à trente-six photos. Chaque photo devient un moment crucial de réflexion. Mais c’est aussi un instant que je savoure, comme une assiette étoilée qu’on s’apprête à avaler, mais qu’on dévore d’abord des yeux. Je pose mon regard sur cette composition de formes, lumières et couleurs. Je réfléchis. J’appuie